Yan Kuszak : « Être speaker, c’est savoir écouter »

Sa voix a résonné dans l’ambiance incandescente du stade Pierre-Mauroy comme à Nantes lors de la phase de poule. Le Nordiste raconte son Mondial de handball à lui, au cœur du spectacle, derrière un micro. Et décrypte les contours de sa mission. 

Quatorze matches à Nantes, trois à Lille. Comment va votre voix ?

« Je suis un peu tombé malade sur la fin mais ça va. Avec l’enchaînement des rencontres, jusqu’à trois par jour à Nantes, il faut savoir reposer sa voix, bien manger, bien dormir, prendre des pastilles pour la toux quand c’est nécessaire. Le tout est d’être bien concentré sur chaque match de manière à ne pas faire d’erreur. »

Vous aviez déjà officié en tant que speaker au stade Pierre-Mauroy, lors de la finale de la Coupe Davis, en novembre 2014. Sur ce Mondial de handball, votre rôle était bien différent…

« Absolument. Au tennis, on ne s’exprime pas pendant le match, seulement au début, pour présenter la rencontre, les joueurs, etc. Pour ce qui est du handball, il s’agit également de commenter les buts, d’animer les temps morts, etc. C’est plus interactif. »

De quelle liberté disposez-vous lorsque vous vous exprimez ?

« Le cahier des charges est imposé par la Fédération internationale de handball (IHF). Toutes les prises de parole sont écrites, minutées, dès le moment où les gens pénètrent dans la salle. Pendant tout le match, mon producteur me parle dans l’oreillette pour me dire : « Yan, c’est à toi dans dix secondes », « Yan, on passe aux hymnes. » L’idée est que, par-delà les personnalités de chaque speaker, la manière dont nous animons et présentons les matches soit uniformisée et cohérente entre toutes les salles. C’est aussi pour cela que nous avons un devoir de neutralité. Même si la compétition a lieu en France, même s’il faut porter l’enthousiasme des spectateurs, nous ne pouvons nous laisser emporter par notre chauvinisme sous peine d’être rappelés à l’ordre. Ma personnalité de juge-arbitre en tennis (aux JO d’Athènes et Pékin notamment) fait que je n’ai pas à forcer ma nature pour cela. Je ne suis pas surexcité de base. »

« C’est un honneur de pouvoir mettre en valeur des athlètes de haut niveau et un tel spectacle »

Peut-on s’épanouir dans ce rôle ?

« Bien sûr ! Ce Mondial a été une superbe expérience pour moi. C’est flatteur de pouvoir être au cœur de l’événement, d’en être un acteur. C’est également un honneur de pouvoir mettre en valeur des athlètes de haut niveau et un tel spectacle. Et puis on fait de très belles rencontres et on vit des émotions comme seul le sport peut en procurer. »

Les speakers sont constitués en binômes sur ce Mondial. Comment le vôtre fonctionne-t-il ?

« J’étais plus dans la partie protocole des matches, l’annonce des joueurs, des hymnes, les commentaires des buts. Alain De Senne, bien connu dans le monde du basket, était lui plutôt l’ambianceur du duo. Il se chargeait de mettre la musique et les jingles. C’était un peu du ping-pong entre nous. On se renvoyait la balle sans arrêt, grâce à une belle complicité. »

Un vrai travail d’équipe en somme…

« C’est ça. On ne se connaissait pas jusque-là mais pendant quinze jours, on a formé une équipe. J’aime dire qu’être speaker, c’est savoir écouter. Écouter les consignes du producteur, écouter ce qu’il se passe autour de soi, être attentif au respect du timing… »

Le handball n’est pas votre milieu d’appartenance. Comment avez-vous appréhendé l’événement ?

« Je suis le sport en général donc je n’étais pas perdu non plus. Sachant que je suis à la base un juge-arbitre, les finesses du règlement m’intéressent. Cela vaut pour le handball. En amont, j’ai surtout bien travaillé la prononciation des noms des joueurs de chaque équipe. »

Comment le Nordiste que vous êtes a-t-il vécu les deux matches de l’équipe de France au stade Pierre-Mauroy ?

« L’ambiance était extraordinaire. Contrairement à la Coupe Davis, le stade était acquis à 100 % à la cause de l’équipe de France. Comme à Nantes, qui a fait le plein quasiment sur chaque match, j’ai ressenti une montée en puissance. Le match contre la Suède, de par son scénario à suspense notamment, était, je crois, encore plus savoureux pour le public que le huitième de finale contre l’Islande. C’était comme un feu d’artifice. »

Propos recueillis par Thomas Broggini
Photo : Carine Bausière (La Voix du Nord)

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